Les hospitalisations liées au cannabis en Allemagne ont augmenté de façon modérée après la réforme du 1er avril 2024. C’est le constat d’une étude nationale du Centre de recherche interdisciplinaire sur les addictions (ZIS) de l’hôpital universitaire de Hambourg-Eppendorf (UKE), publiée le 24 juillet 2026 dans le Deutsches Ärzteblatt International. Chez les adultes, le taux d’admissions avec un diagnostic principal lié au cannabis a progressé de 5,6 % d’un coup, puis s’est stabilisé. Les auteurs avancent une piste qui intéresse directement les patients : la consommation de cannabis médical très dosé en THC, obtenu hors du circuit de soins classique.
Une étude sur l’ensemble des hôpitaux allemands
Les chercheurs (Jakob Manthey, Sanja Radas et Ludwig Kraus) ont utilisé les statistiques hospitalières de facturation à l’assurance maladie (systèmes DRG et PEPP). Les données couvrent chaque semaine, de janvier 2022 à septembre 2025. Au total, 77 232 admissions avec un diagnostic principal lié au cannabis ont été analysées.
Le critère principal était la part de ces admissions dans l’ensemble des hospitalisations (codes CIM-10 F12.0 à F12.9 et T40.7). Les adultes et les mineurs ont été étudiés séparément. Deux critères secondaires concernaient les adultes : les intoxications aiguës (F12.0, T40.7) et les psychoses induites par le cannabis (F12.5).
Une limite est signalée d’emblée : les données ne permettent pas d’identifier les admissions répétées d’une même personne. On compte donc des séjours, pas des patients.
Les chiffres clés des hospitalisations liées au cannabis en Allemagne
En comparant les douze mois avant et après avril 2024, le taux hebdomadaire d’admissions liées au cannabis est passé de 1,12 à 1,27 pour 1 000 admissions chez les adultes. Chez les mineurs, il est passé de 1,07 à 1,22, selon le compte rendu du Deutsches Ärzteblatt.
- Adultes, toutes causes liées au cannabis : hausse immédiate de 5,6 %, puis stabilité. Cela représente environ 1 359 admissions supplémentaires sur un an.
- Intoxications aiguës (adultes) : hausse immédiate de 37,1 %, soit environ 392 admissions de plus en un an.
- Psychoses induites (adultes) : hausse immédiate de 16,4 %, soit environ 980 admissions de plus en un an.
- Mineurs : hausse initiale de 14,9 %, suivie d’une baisse de 0,4 % par semaine. L’effet net est nul après environ 35 semaines (environ 91 admissions supplémentaires sur un an).
Deux résultats nuancent ce tableau. Les diagnostics de dépendance au cannabis (F12.2) n’ont pas suivi la même tendance après la réforme. Et l’évolution des troubles liés à l’alcool, de l’anxiété, de la dépression ou de la schizophrénie n’explique pas les hausses observées.
Une étude plus locale, publiée en juin 2026 dans la même revue, a examiné la même question dans cinq cliniques psychiatriques de la région Rhin-Ruhr. Les auteurs de l’étude nationale citent aussi une analyse antérieure limitée à six hôpitaux. Elle avait relevé davantage d’admissions pour troubles de l’usage et pour psychoses induites.
La piste du cannabis médical très dosé en THC
La conclusion de l’étude est claire : la hausse des admissions chez les adultes viendrait surtout des intoxications aiguës et des psychoses. Les auteurs écrivent que cela pourrait s’expliquer par une consommation accrue de cannabis médical très puissant.
Le contexte allemand est particulier. Depuis 2024, le cannabis médical n’y est plus classé comme stupéfiant. Des plateformes en ligne proposent des ordonnances par téléconsultation et une délivrance payée par le patient. Le Deutsches Ärzteblatt rappelle aussi des chiffres du deuxième rapport intermédiaire d’EKOCAN, l’évaluation de la loi commandée par le ministère fédéral de la Santé. Selon ce rapport, les fleurs vendues en pharmacie contiennent en moyenne 24 % de THC, contre 15 % pour celles du marché illégal. Les produits à moins de 15 % de THC y sont rares.
Les auteurs restent prudents. Ils jugent « plausible » que ce marché du cannabis médical ait contribué à la hausse. Mais cette piste n’explique pas pourquoi elle dure chez les adultes et reste passagère chez les mineurs. Ils citent une autre explication possible : un essai de consommation par certaines personnes après le changement de loi, que les enquêtes ne mesurent peut-être pas.
Le Bundestag s’est depuis saisi de l’encadrement de ces prescriptions. Nous avons détaillé le sujet dans notre article sur la règle des 6 mois adoptée par le Bundestag.
Ce que cela signifie pour les patients français
Le modèle français est très différent du modèle allemand. Dans le cadre prévu par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2024, l’ANSM indique que l’accès au cannabis médical restera strictement réservé à la dernière ligne de traitement. Il faudra une prescription initiale hospitalière et l’une des indications retenues (voir les 5 indications du cannabis médical en France). Chaque médicament devra obtenir une autorisation de l’ANSM, valable cinq ans.
Ce cadre n’est toujours pas appliqué, car les décrets ne sont pas publiés. Selon l’ANSM, environ 650 patients restent traités dans la phase transitoire. Notre point sur qui peut encore accéder au cannabis médical et notre calendrier de la généralisation font le tour de la situation.
Les données allemandes n’évaluent pas le cannabis médical prescrit à des patients suivis. Elles portent sur des hospitalisations en population générale, sans distinguer l’origine du produit. Elles rappellent toutefois deux points connus : le risque psychiatrique augmente avec la dose de THC, et le suivi médical compte.
À retenir
- Étude nationale UKE/ZIS publiée le 24 juillet 2026 (Deutsches Ärzteblatt International), portant sur 77 232 admissions de 2022 à 2025.
- Adultes : +5,6 % d’admissions liées au cannabis, +37,1 % d’intoxications aiguës et +16,4 % de psychoses induites après avril 2024, puis stabilité.
- Mineurs : hausse passagère, avec un effet net nul après environ 35 semaines.
- Piste avancée par les auteurs : le cannabis médical très dosé en THC, accessible par téléconsultation. C’est une hypothèse, pas une preuve.
- En France, le futur cadre prévoit une prescription hospitalière initiale, en dernière intention, avec des médicaments autorisés par l’ANSM.
Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.
Sources
- Manthey J, Radas S, Kraus L. « Increase in cannabis-specific hospital admissions after partial legalization in Germany: A nationwide time-series analysis », Deutsches Ärzteblatt International, 24 juillet 2026
- Deutsches Ärzteblatt – « Zahl der Krankenhauseinweisungen seit Cannabislegalisierung moderat gestiegen », 22 juillet 2026
- Bonnet U et al. « Cannabis-related hospitalizations before and after partial legalization: An analysis from five psychiatric clinics in the Rhine-Ruhr metropolitan area », Deutsches Ärzteblatt International, 12 juin 2026
- UKE – EKOCAN, évaluation de la loi sur le cannabis (publications et rapports intermédiaires)
- ANSM – Cannabis à usage médical (dossier thématique)
