Couloir d’un hôpital espagnol menant au service de pharmacie, panneau « Servicio de Farmacia », drapeau espagnol discret au fond et flacon blanc marqué d’une feuille de cannabis au premier plan

Cannabis médical en Espagne : l’hôpital ouvre, la France attend

Le cannabis médical en Espagne passe du texte à l’hôpital. Un an après le décret du 7 octobre 2025, les deux premières préparations standardisées, CAN-1 (à dominante THC) et CAN-2 (à dominante CBD), devaient commencer à arriver dans une cinquantaine d’hôpitaux fin octobre 2026, selon la presse espagnole. En France, l’expérimentation est terminée depuis le 31 décembre 2024 et les décrets de généralisation ne sont toujours pas tous publiés. Voici comment fonctionne le modèle espagnol, et ce qui le distingue du cadre français prévu.

Cannabis médical en Espagne : un cadre hospitalier strict

Le texte de référence est le Real Decreto 903/2025, publié au Bulletin officiel espagnol (BOE) le 9 octobre 2025 et entré en vigueur le lendemain. Il ne crée pas de dispensaires ni de vente en pharmacie de ville. Il encadre des formules magistrales : des préparations faites à la pharmacie de l’hôpital, à partir d’extraits standardisés de cannabis.

Le dispositif repose sur quatre règles :

  • Un registre public tenu par l’agence du médicament, l’AEMPS (article 6). Seules les préparations standardisées inscrites peuvent servir de matière première. Au-delà de 0,2 % de THC, elles relèvent du régime des psychotropes (article 3).
  • Une prescription réservée aux médecins spécialistes, dans le cadre hospitalier (article 7). Le médecin doit justifier dans le dossier médical le recours à ce traitement au regard des traitements déjà reçus, informer le patient des données disponibles et des risques, puis réévaluer régulièrement l’intérêt du traitement.
  • Une préparation et une délivrance par la pharmacie hospitalière (articles 8 et 9), qui assure aussi le suivi avec l’équipe médicale. Les fabricants ne peuvent livrer qu’aux pharmacies hospitalières, ou à l’export (article 5).
  • Une déclaration des effets indésirables aux centres régionaux de pharmacovigilance (article 10).

Les indications ne figurent pas dans le décret lui-même. Elles sont fixées par la monographie du Formulaire national publiée par l’AEMPS (FN/2026/FMT/043). Il s’agit d’une solution orale, en dernière ligne, lorsque les médicaments autorisés ne permettent pas de traiter correctement le patient, pour des cas réfractaires de : spasticité liée à la sclérose en plaques, formes graves d’épilepsie, nausées et vomissements liés à la chimiothérapie et douleur chronique. La monographie souligne que les données disponibles pour recommander une posologie sont limitées.

CAN-1 et CAN-2 : ce qui arrive dans les hôpitaux

Selon Telecinco (19 octobre 2026) et El País (17 octobre 2026), les deux préparations ont été enregistrées auprès de l’AEMPS par la société Curaleaf, la première à le faire. Toujours selon ces médias, une cinquantaine d’hôpitaux publics et privés doivent être les premiers à les recevoir. Leur pharmacie les utilisera comme matière première pour préparer, pour chaque patient, une formule associant THC et CBD.

Ces chiffres viennent de la presse. Le registre de l’AEMPS est public, mais nous n’avons pas pu en consulter la liste. Nous n’avons pas non plus trouvé de bilan officiel des premières délivrances. Les sociétés savantes restent prudentes. La Société espagnole d’oncologie médicale, citée par Telecinco, y voit « un instrument de plus » pour certains symptômes, pas une avancée majeure.

Nous avions présenté le décret en septembre, quand aucun patient n’en bénéficiait encore : le décret est là, les patients pas encore.

Carte de synthèse comparant l’accès au cannabis médical en Espagne et en France : décret espagnol du 7 octobre 2025, préparations CAN-1 et CAN-2 en hôpital, et en France expérimentation terminée fin 2024 avec des décrets de généralisation non encore tous publiés
Source : BOE, AEMPS, ANSM, Assemblée nationale, presse espagnole — cannabistherapeutique.com

En France : un cadre voté, des décrets toujours attendus

La France a choisi un autre chemin. Après une expérimentation lancée en mars 2021, les inclusions de nouveaux patients ont cessé le 27 mars 2024 et l’expérimentation s’est arrêtée le 31 décembre 2024. Les patients encore traités sont dans une phase transitoire. Selon l’ANSM et Service-Public, elle prendra fin 3 mois après la publication de l’avis de la HAS.

Le cadre durable a été voté dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2024. D’après l’ANSM, les médicaments à base de cannabis recevront une autorisation de 5 ans, renouvelable, délivrée par l’ANSM. L’accès sera réservé à la dernière ligne de traitement, sur prescription hospitalière initiale, dans des indications précises.

Mais les textes d’application manquent. Selon la question écrite n° 19311 (27 octobre 2026), le gouvernement a indiqué que le premier décret avait été validé par le Conseil d’État en janvier 2026. Une précédente question (n° 18176) indique que le second décret, sur l’évaluation par la HAS et la prise en charge, n’a été transmis au Conseil d’État que le 30 juin 2026. Sans lui, la HAS ne peut pas lancer son évaluation : ses auditions des 20 et 21 octobre 2026 ont été reportées. Le suivi complet est dans notre dossier sur la généralisation.

Espagne et France : les deux modèles côte à côte

PointEspagneFrance
TexteReal Decreto 903/2025 (7 oct. 2025), en vigueurLoi votée fin 2023 ; décrets d’application pas tous publiés
ProduitsPréparations standardisées inscrites au registre de l’AEMPS, transformées en formule magistraleMédicaments autorisés par l’ANSM pour 5 ans, renouvelables
Indications4 situations réfractaires (monographie FN/2026/FMT/043)5 indications pendant l’expérimentation ; liste définitive à fixer
PrescriptionMédecin spécialiste, à l’hôpital, échec des alternatives documentéDernière ligne, prescription hospitalière initiale
DélivrancePharmacie hospitalière uniquementPendant l’expérimentation : pharmacie hospitalière ou de ville formée
Nouveaux patientsPrévus à partir de fin octobre 2026 (selon la presse)Aucun depuis le 27 mars 2024
Comparaison établie à partir des textes officiels consultés le 30/10/2026.

Les deux pays partagent la même prudence : dernière ligne, contrôle hospitalier, pas de cannabis à fumer. La différence tient surtout au calendrier. L’Espagne a publié son décret, ouvert son registre et diffusé sa monographie en un an. En France, la loi existe depuis fin 2023, mais aucun nouveau patient n’a pu entrer dans le dispositif depuis plus de deux ans et demi. Pour connaître les indications retenues en France, voir notre article sur les indications.

À retenir

  • L’Espagne encadre le cannabis médical par le Real Decreto 903/2025 : formules magistrales préparées et délivrées uniquement par les pharmacies hospitalières.
  • La monographie de l’AEMPS limite l’usage à 4 situations réfractaires, en dernière ligne, sur prescription d’un médecin spécialiste.
  • Selon la presse espagnole, CAN-1 et CAN-2 doivent arriver dans une cinquantaine d’hôpitaux à partir de fin octobre 2026 ; aucun bilan officiel n’est encore publié.
  • En France, aucun nouveau patient depuis le 27 mars 2024 ; le second décret n’est pas publié et l’avis de la HAS est retardé.
  • Ces informations ne remplacent pas l’avis d’un médecin : chaque cadre national a ses propres règles.

Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.

Sources

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