Bureau lumineux d’un cabinet de traitement de la douleur à New York, vue sur l’Empire State Building, petit drapeau américain, flacons et plaquettes d’opioïdes mis de côté dans un plateau, boîte de cannabis médical vert sauge et écran affichant un graphique à deux barres

Cannabis médical et opioïdes : ce que montre l’étude de New York

Le cannabis médical et les opioïdes font l’objet d’une nouvelle étude américaine, publiée le 28 octobre 2026 dans le Journal of Addiction Medicine. Chez 8 358 patients douloureux chroniques de l’État de New York, ceux qui ont reçu du cannabis médical pendant plus de 30 jours ont deux fois plus souvent arrêté leurs opioïdes en 90 jours : 15,5 % contre 7,6 %. C’est un signal, pas une preuve. Et il ne vaut pas pour les patients aux doses les plus fortes.

Ce qu’ont mesuré les chercheurs

Les chercheurs ont croisé deux registres officiels : celui du programme de cannabis médical et celui qui suit les prescriptions de médicaments contrôlés. Les données couvrent mars 2017 à décembre 2019, avant la pandémie.

Tous les patients avaient une douleur chronique et un traitement opioïde au long cours (au moins 120 jours de prescriptions, ou 10 prescriptions, dans l’année précédente). Tous avaient reçu du cannabis médical au moins une fois. Les chercheurs ont comparé deux groupes :

  • 4 892 patients ayant reçu du cannabis médical pendant plus de 30 jours ;
  • 3 466 patients qui l’avaient arrêté au bout de 30 jours ou moins.

« Arrêter les opioïdes » voulait dire ici : 45 jours ou plus sans nouvelle prescription d’opioïde. Les patients avaient en moyenne 55 ans ; 58,2 % étaient des femmes. La dose de départ était proche dans les deux groupes (environ 83 à 85 mg d’équivalent morphine par jour en moyenne).

Cannabis médical et opioïdes : les résultats selon la dose

Sur l’ensemble, 15,5 % des patients du groupe cannabis ont arrêté leurs opioïdes, contre 7,6 % dans l’autre groupe. Mais le résultat dépend beaucoup de la dose d’opioïde au départ, exprimée en milligrammes d’équivalent morphine par jour (MME) :

  • Moins de 50 MME : 22,1 % d’arrêts contre 10,4 %. L’effet était plus net le premier mois (risque relatif ajusté 2,87) qu’ensuite (1,81).
  • De 50 à moins de 90 MME : 13,9 % contre 4,6 %, soit un rapport ajusté de 3,13.
  • 90 MME ou plus : 6,3 % contre 5,4 %. Pas de différence significative.

Les arrêts étaient aussi plus fréquents chez les patients traités depuis moins de 6 mois : 34,4 % contre 18,7 %. Les auteurs notent que, chez les patients aux fortes doses, la dose d’opioïde baissait souvent avant l’arrêt. Selon eux, un suivi plus long serait nécessaire pour ce groupe.

Carte des chiffres clés de l’étude de New York sur le cannabis médical et l’arrêt des opioïdes : 15,5 % d’arrêts avec plus de 30 jours de cannabis médical contre 7,6 %, 22,1 % contre 10,4 % sous 50 mg d’équivalent morphine, et pas de différence significative à 90 mg ou plus
Source : Nguyen et al., Journal of Addiction Medicine, 28/10/2026 — cannabistherapeutique.com

Les limites à garder en tête

Cette étude est observationnelle. Elle montre une association, pas que le cannabis a causé l’arrêt. Plusieurs points appellent à la prudence :

  • Pas de tirage au sort. Les patients qui poursuivent le cannabis peuvent différer de ceux qui l’arrêtent (motivation, revenus, suivi médical). Les auteurs notent que les patients aux revenus modestes y avaient moins accès.
  • Pas de mesure de la douleur. On ne sait pas si les patients qui ont arrêté les opioïdes avaient moins mal, ni s’ils ont fait des surdoses ou un trouble de l’usage.
  • Une prescription absente n’est pas un arrêt certain. Un patient a pu s’approvisionner ailleurs, ou reprendre plus tard. Le suivi ne durait que 90 jours.
  • Pas de détail sur les produits : ni la dose de cannabis, ni le ratio THC/CBD n’ont été étudiés.

D’autres travaux concluent autrement. Les auteurs citent eux-mêmes une cohorte australienne de 4 ans et une étude canadienne en Alberta qui n’ont pas trouvé de baisse des opioïdes chez les usagers de cannabis. Nos articles sur le CBD après une prothèse de genou et sur le registre britannique de la douleur chronique montrent la même difficulté : des signaux encourageants, mais des preuves encore fragiles.

Ce que cela change pour un patient en France

En France, la question n’est pas théorique. Selon un rapport du Sénat de juillet 2025, près de 12 millions de Français se sont vu prescrire un antalgique opioïde en 2024. Les décès liés aux antalgiques recensés par l’enquête nationale DTA sont passés de 118 à 142 entre 2018 et 2022.

La Haute Autorité de santé (HAS) recommande, pour une douleur chronique non cancéreuse, de réserver les opioïdes à la dernière intention. Au-delà de 6 mois de traitement continu, elle conseille de tenter une baisse, voire un arrêt, mais de façon progressive, pour éviter un syndrome de sevrage. Elle déconseille de dépasser 120 mg/j d’équivalent morphine en l’absence de bénéfice.

Le cannabis médical ne fait pas partie de ces recommandations. Dans le cadre français, il est prévu en dernière ligne pour des indications précises, dont les douleurs neuropathiques réfractaires. Aucune indication « sevrage des opioïdes » n’est prévue. Les patients déjà traités sont dans la phase transitoire, et l’accès pour de nouveaux patients dépend de la généralisation.

Le message pratique est simple : n’arrêtez jamais seul un opioïde, et n’ajoutez pas de cannabis ou de CBD sans en parler à votre médecin. Une baisse se prépare avec lui, étape par étape.

À retenir

  • Étude publiée le 28 octobre 2026 : 8 358 patients douloureux chroniques sous opioïdes au long cours, État de New York, 2017-2019.
  • Avec plus de 30 jours de cannabis médical, 15,5 % ont arrêté les opioïdes en 90 jours, contre 7,6 %.
  • Le lien est net sous 90 mg d’équivalent morphine par jour, absent au-delà.
  • Étude observationnelle, sans mesure de la douleur : elle ne prouve pas que le cannabis permet d’arrêter les opioïdes.
  • En France, la HAS recommande une baisse progressive et encadrée. Ne modifiez jamais un traitement opioïde sans votre médecin.

Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.

Sources

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