Salle de consultation d’un centre de la douleur avec dossiers de suivi, questionnaires de douleur, flacon compte-gouttes ambré, petit bocal de fleurs séchées et plante verte

Cannabis médical et douleur chronique : ce que montre le registre britannique

Une analyse du UK Medical Cannabis Registry, publiée en ligne le 16 octobre 2026 dans le Journal of Clinical Pharmacology, apporte de nouvelles données sur le dossier cannabis médical et douleur chronique : chez 3 744 patients britanniques suivis jusqu’à 24 mois, la douleur, le sommeil, l’anxiété et la qualité de vie se sont améliorés en moyenne, et 14,4 % ont signalé des effets indésirables, le plus souvent légers ou modérés. Mais il s’agit d’une étude observationnelle, sans groupe placebo : elle décrit l’évolution de patients traités, elle ne prouve pas que le cannabis en est la cause.

Voici ce que montre l’étude, ses limites, et ce que cela change (ou non) pour les patients français, alors que la douleur neuropathique est la première indication de l’expérimentation.

Ce qu’a mesuré l’étude du registre britannique

Le UK Medical Cannabis Registry recueille, par questionnaires, l’évolution de patients à qui des produits à base de cannabis sont prescrits au Royaume-Uni. Les chercheurs ont retenu ceux dont l’indication principale était une douleur chronique et ont suivi, jusqu’à 24 mois, l’intensité de la douleur et son retentissement sur la vie quotidienne, la qualité de vie (EQ-5D-5L), l’anxiété et le sommeil. Les patients ont ensuite été regroupés selon la forme de leur courbe de douleur, par une méthode statistique de classification (dite « k-means »).

Les principaux résultats chiffrés

  • 3 744 patients inclus dans l’analyse ;
  • toutes les mesures se sont améliorées entre le début et 24 mois, notamment l’intensité de la douleur (taille d’effet d = 0,57), son retentissement (d = 0,59) et la qualité de vie (d = 0,76 en valeur absolue) ;
  • plus de la moitié des patients ont atteint, à 24 mois, une amélioration considérée comme cliniquement significative sur chacune des mesures de la douleur ;
  • 5 profils d’évolution distincts : tous finissent sous leur niveau de douleur de départ, mais l’ampleur et le rythme de l’amélioration varient fortement d’un groupe à l’autre ;
  • des effets indésirables ont été signalés par 14,37 % des patients (538 personnes), majoritairement légers ou modérés.

Autre enseignement : le sommeil et l’anxiété au départ, ainsi que l’indication, étaient davantage liés à la réponse que le type de produit ou la dose. C’est une association statistique, pas une démonstration.

Pourquoi ces résultats ne prouvent pas l’efficacité

Les auteurs le rappellent eux-mêmes : les preuves en faveur de ces produits dans la douleur chronique restent limitées. Plusieurs biais empêchent de conclure :

  • Pas de groupe placebo. La douleur chronique fluctue : une partie de l’amélioration peut venir de l’effet placebo, de l’évolution naturelle, d’autres traitements ou du suivi lui-même.
  • Des perdus de vue. Sur deux ans, une partie des patients cesse de répondre. Ceux qui arrêtent faute d’effet ou à cause d’effets indésirables risquent d’être sous-représentés à 24 mois.
  • Des patients sélectionnés qui ont choisi ce traitement et acceptent de déclarer leurs symptômes : ils ne représentent pas tous les patients douloureux.
  • Des mesures déclaratives, sans évaluation en aveugle.
  • Des liens d’intérêts possibles. La plupart des auteurs sont affiliés à l’Imperial College London et à Curaleaf Clinic, structure rattachée au groupe Curaleaf International.

Ces données « en vie réelle » servent à formuler des hypothèses. Seuls des essais randomisés contre placebo peuvent établir une efficacité.

Cannabis médical et douleur chronique : ce que disent les recommandations

Au Royaume-Uni même, l’institut NICE recommande, depuis novembre 2019, de ne pas proposer la nabilone, le dronabinol, le THC ou l’association THC-CBD pour traiter la douleur chronique de l’adulte, et de n’utiliser le CBD seul que dans le cadre d’un essai clinique. Une étude de registre ne peut pas trancher cette question.

Le même registre avait publié en janvier 2026, dans la même revue, une analyse comparable portant sur 8 945 patients, toutes indications confondues : 10 profils d’évolution et des effets indésirables chez 13,65 % des patients. Les résultats vont dans le même sens, avec les mêmes limites. Les essais contrôlés, eux, donnent souvent des résultats plus modestes, comme dans la fibromyalgie ou dans un récent essai sur la sciatique aiguë.

Et en France : la douleur au cœur de l’expérimentation

En France, la douleur n’est pas une indication « large ». L’expérimentation lancée en mars 2021 a retenu les douleurs neuropathiques réfractaires aux thérapies accessibles, ainsi que la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ou d’autres maladies du système nerveux central, toujours en dernière intention (voir les 5 indications du cannabis médical en France). C’est de loin la première indication : au 31 juillet 2025, 993 des 1 650 patients encore inclus (60,2 %) étaient traités pour des douleurs neuropathiques réfractaires, selon l’ANSM (notre dossier douleur neuropathique et cannabis médical).

Une douleur chronique qui n’est pas d’origine neuropathique, comme une grande partie des douleurs d’arthrose, n’entre donc pas dans ce cadre. Surtout, aucun nouveau patient ne peut être inclus depuis le 27 mars 2024 : seuls les patients déjà traités continuent, dans le cadre de la phase transitoire, qui prendra fin 3 mois après la publication de l’avis de la HAS. Le futur cadre prévoit un accès en dernière ligne, sur prescription hospitalière initiale, mais ses textes d’application ne sont pas publiés (voir le calendrier de la généralisation).

Les données britanniques ne changent donc rien, à court terme, à l’accès en France.

Idées fausses à corriger

  • « 3 744 patients, c’est une preuve. » Non. Le nombre de patients ne remplace pas un groupe témoin : une grande étude sans placebo reste une étude observationnelle.
  • « 14 % d’effets indésirables, c’est négligeable. » À nuancer. Ce sont des effets déclarés, surtout légers ou modérés, mais ils concernent plus d’un patient sur sept.
  • « En France, ma douleur chronique me donne droit au cannabis médical. » Non. Seules certaines douleurs neuropathiques réfractaires et la spasticité douloureuse font partie des indications, et aucune inclusion n’est possible depuis mars 2024.

À retenir

  • Registre britannique, publication du 16 octobre 2026 : 3 744 patients douloureux chroniques suivis jusqu’à 24 mois, avec une amélioration moyenne de la douleur, du sommeil, de l’anxiété et de la qualité de vie.
  • 5 profils d’évolution très différents ; effets indésirables chez 14,37 % des patients (538), surtout légers ou modérés.
  • Sans placebo ni comparaison, l’étude ne prouve pas l’efficacité du cannabis.
  • En France, seules certaines douleurs neuropathiques réfractaires et la spasticité douloureuse sont concernées, et aucun nouveau patient n’est inclus depuis le 27 mars 2024.

Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.

Sources