Le plus ancien programme public de cannabis médical d’Europe doit changer de fournisseur. Ce que cela révèle, y compris pour la France.
Réponse courte : Bedrocan, qui produisait depuis 2003 le cannabis médical du programme public néerlandais et en était le seul cultivateur sous contrat, a été déclaré en faillite début octobre 2026. Les patients néerlandais ne sont pas privés de traitement du jour au lendemain : l’agence publique BMC dit disposer d’un stock suffisant jusqu’à au moins mi-2027. Ensuite, les produits seront remplacés par des équivalents importés. Et les exportations néerlandaises s’arrêtent fin 2026.
Ce qui s’est passé
Aux Pays-Bas, le cannabis médical est prescrit par un médecin et délivré en pharmacie. Le Bureau voor Medicinale Cannabis (BMC), une agence du ministère de la Santé, détient le monopole de son achat et de sa fourniture aux pharmacies. Ces dernières années, il ne s’approvisionnait plus qu’auprès d’un seul producteur : Bedrocan.
Le contrat-cadre entre le BMC et Bedrocan a pris fin le 1er janvier 2026, à l’initiative du gouvernement. Celui-ci prépare une réforme de la loi sur l’opium (Opiumwet) pour mettre fin au monopole du BMC, selon sa lettre au Parlement du 3 juillet 2026. Privée de ce débouché, l’entreprise a été déclarée en faillite. D’après la NOS, le curateur se retrouve avec plusieurs centaines de kilos de cannabis médical en stock, qui ne peuvent être vendus qu’avec l’accord du BMC.
Faillite de Bedrocan : ce qui change pour les patients néerlandais
Le BMC a publié une mise au point le 9 octobre 2026 :
- le stock couvre les besoins jusqu’à au moins mi-2027, pour les 5 variétés disponibles, mais chaque variété s’épuisera à une date différente ;
- un appel d’offres européen est en cours pour choisir un nouveau fournisseur, avec des taux de THC et de CBD aussi proches que possible de l’offre actuelle ;
- quand une variété sera épuisée, elle sera remplacée par un produit comparable.
Le BMC prévient lui-même qu’un produit comparable « n’est pas automatiquement une alternative équivalente pour chaque patient » (traduction de la rédaction). Il demande de ne pas modifier son traitement de sa propre initiative, et d’en parler à son pharmacien ou à son médecin.
Les 5 variétés actuelles, selon un document de consultation du marché publié par le ministère le 15 juillet 2026 :
- Bedrocan (fleurs) : environ 22 % de THC, moins de 1 % de CBD ;
- Bedica (granulés) : environ 14 % de THC, moins de 1 % de CBD ;
- Bedrobinol (fleurs) : environ 13,5 % de THC, moins de 1 % de CBD ;
- Bediol (granulés) : environ 6,3 % de THC et 8 % de CBD ;
- Bedrolite (granulés) : moins de 1 % de THC, environ 7,5 % de CBD.
Le futur contrat porterait sur 350 à 750 kg sur environ 18 mois, de juillet 2027 à janvier 2029, avec des produits conformes à la Pharmacopée européenne et aux bonnes pratiques de fabrication de l’UE (GMP). L’appel d’offres pourrait être publié fin 2026. La réforme de la loi, elle, ne devrait entrer en vigueur qu’au 1er juillet 2028 au plus tôt, selon le gouvernement. Pour lire un taux de THC : comment lire le taux de THC d’une fleur.
Idée fausse : « aux Pays-Bas, les patients n’ont qu’à aller au coffee-shop ». Ce n’est pas le même produit. Le cannabis fourni par le BMC a des taux de cannabinoïdes standardisés et il est contrôlé (moisissures, bactéries, pesticides, métaux lourds), d’après le document du ministère. Un produit de coffee-shop n’offre pas ces garanties.
Pas seulement un problème néerlandais
Une part importante de la production livrée au BMC partait à l’export. Le gouvernement a annoncé que le BMC cesserait d’exporter fin 2026, la priorité allant aux patients néerlandais. Les patients étrangers concernés devront « se tourner vers d’autres fournisseurs », écrit le ministre dans sa lettre du 3 juillet 2026.
Avant la faillite, Bedrocan indiquait, le 10 septembre 2026, que son site de production au Danemark pouvait continuer à approvisionner les pays où le cannabis médical est autorisé. Le marché européen se réorganise donc, comme l’ont montré la réforme allemande du remboursement ou l’essor des exportations portugaises.
Et pour la France ?
Bedrocan ne figure pas parmi les fournisseurs retenus par l’ANSM pour l’expérimentation française. La faillite n’a donc pas d’effet direct connu sur les patients encore traités en France, dans la phase transitoire.
Mais le cas néerlandais éclaire un point clé : la continuité de l’approvisionnement. Pour l’expérimentation, l’ANSM avait choisi, pour chaque lot de médicaments sauf un, un fournisseur principal et un fournisseur suppléant, afin d’« assurer la continuité du circuit ». Les Pays-Bas montrent le risque inverse : dépendre d’un seul producteur.
Le futur cadre français prévoit une autorisation de l’ANSM pour chaque médicament, valable 5 ans et renouvelable, ainsi que des règles pour cultiver en France (textes notifiés à la Commission européenne le 20 mars 2025). Ces textes ne sont toujours pas publiés : voir la généralisation du cannabis médical en France, calendrier et blocages.
Autre parallèle : en France aussi, des patients ont dû changer de produit. Les fleurs de l’expérimentation ne sont plus disponibles depuis mars 2024, selon l’ANSM. Dans les deux pays, le message est le même : un changement de traitement se fait avec le médecin et le pharmacien. Sur les formes existantes : fleurs, huiles, extraits, vaporisation. Et pour certaines épilepsies rares de l’enfant, un médicament au CBD est autorisé en France : Epidyolex.
À retenir
- Bedrocan, seul cultivateur sous contrat du programme néerlandais (depuis 2003), a été déclaré en faillite début octobre 2026.
- Le stock du BMC couvre les patients jusqu’à au moins mi-2027 ; viendront ensuite des produits importés comparables.
- Le BMC arrête l’export fin 2026 : d’autres pays doivent trouver d’autres fournisseurs.
- Pas d’effet direct connu en France : Bedrocan ne faisait pas partie des fournisseurs de l’expérimentation.
- La leçon pour la France : la sécurité d’approvisionnement se prépare dès la conception du cadre.
À lire aussi
Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.
Sources
- Bureau voor Medicinale Cannabis (BMC, ministère néerlandais de la Santé) – Beschikbaarheid medicinale cannabis (09/10/2026, en néerlandais)
- Tweede Kamer – Kamerstuk 29 477, n° 986 : lettre du ministre de la Santé sur la politique du cannabis médical (03/07/2026, en néerlandais)
- TenderNed / ministère néerlandais de la Santé – Market Consultation « Supply of Medicinal Cannabis to the Netherlands » (15/07/2026, PDF en anglais)
- Bedrocan – International medicinal cannabis orders now directly via Bedrocan (10/09/2026)
- NOS (service public néerlandais) – Curator zit met honderden kilo’s medicinale wiet na failliet enige Nederlandse teler (10/10/2026)
- ANSM – Les médicaments et fournisseurs de l’expérimentation
- ANSM – Cannabis à usage médical, dossier thématique (mis à jour le 20/04/2026)
