Pharmacienne de contrôle qualité inspectant des flacons ambrés de solution buvable dans un laboratoire pharmaceutique lumineux, cartons scellés en attente et arche marocaine en arrière-plan

Maroc : quatre médicaments au cannabis contre l’épilepsie, aucun en pharmacie

Le Maroc compte désormais quatre médicaments à base de cannabis disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM), tous destinés à l’épilepsie. Trois ont été développés par le laboratoire Sothema avec la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé (FM6SS), le quatrième par Pharma 5. Mais à la mi-octobre 2026, aucun n’est vendu en pharmacie : les dernières démarches réglementaires sont toujours en cours.

Ce que l’on sait des médicaments à base de cannabis au Maroc, ce qui manque encore, et ce que cela signifie, ou pas, pour les patients français.

Ce qui a été annoncé le 16 octobre 2026

Le 16 octobre 2026, le site marocain Médias24 a révélé, « de sources sûres », que trois médicaments de Sothema et de la FM6SS avaient obtenu leur AMM pour le traitement de l’épilepsie. Ils rejoignent celui développé par Pharma 5, présenté début octobre au salon pharmaceutique CPHI de Milan.

Le même jour, le quotidien Le Matin a confirmé, de sources autorisées à l’ANRAC (l’agence qui encadre le cannabis légal au Maroc), que ces quatre médicaments restent non commercialisés, « dans l’attente d’achever les procédures réglementaires requises » auprès de l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS).

À ce stade, ni les noms commerciaux, ni la composition (CBD, THC ou les deux), ni les formes d’épilepsie visées, ni les prix n’ont été rendus publics. Ces informations viennent de la presse marocaine, qui cite des sources proches du dossier et de l’ANRAC : nous n’avons pas trouvé de communiqué officiel détaillé.

AMM ne veut pas dire disponible

Au Maroc, un médicament à base de cannabis suit le droit commun du médicament : la loi 17-04 (Code du médicament et de la pharmacie), le décret sur l’AMM, et une circulaire du 20 mars 2024 qui fixe des exigences spécifiques pour ces produits. L’AMM n’est délivrée qu’après évaluation de la qualité, de l’efficacité et de la sécurité, et avis d’une commission nationale.

Mais l’AMM n’est qu’une étape. La mise sur le marché effective dépend encore de procédures auprès de l’AMMPS, seule habilitée à publier la liste officielle des produits à base de cannabis. Pour les patients marocains, la date d’arrivée en officine reste donc inconnue.

Médicaments à base de cannabis au Maroc : une filière qui exporte avant de soigner

Le contraste est frappant. Selon les chiffres de l’ANRAC rapportés par Le Matin :

  • 179 produits à base de cannabis sont enregistrés auprès de l’AMMPS : 86 cosmétiques, 89 compléments alimentaires et seulement 4 médicaments ;
  • ces cosmétiques et compléments sont déjà vendus dans 646 officines et parapharmacies et 4 points de vente dédiés ;
  • le THC y est très limité : 0 % dans les cosmétiques et moins de 0,3 % dans les compléments alimentaires ;
  • à la mi-octobre, 146 opérations d’exportation ont été autorisées, par 29 opérateurs, vers 15 pays, dont la France, pour 17 produits et l’équivalent de 312 tonnes de matière sèche.

Autrement dit, le cannabis légal marocain est déjà sur le marché sous forme de produits de bien-être et de matière première exportée, mais pas encore sous forme de médicament pour les patients du pays. Pour le contexte de la filière, voir notre article sur les retraits d’autorisations par l’ANRAC.

La prescription se prépare

Côté médical, le terrain se met en place. Selon Le Matin, cinq sociétés savantes marocaines (médecine interne, neurologie, gastroentérologie pédiatrique, gériatrie et dermatologie) ont validé en 2025 des recommandations de prescription, en concertation avec l’ANRAC. Une convention signée par l’ANRAC avec la faculté de médecine et de pharmacie de Tanger et le CHU Mohammed VI de Tanger encadre aussi une étude clinique sur l’épilepsie réfractaire de l’enfant, à partir des médicaments de Sothema.

Et en France ?

Pour l’épilepsie, la France dispose déjà d’un médicament à base de cannabidiol autorisé dans toute l’Union européenne : Epidyolex. Selon l’Agence européenne du médicament, il est indiqué à partir de 2 ans dans le syndrome de Lennox-Gastaut et le syndrome de Dravet (avec le clobazam) et dans la sclérose tubéreuse de Bourneville.

Au-delà, « certaines formes d’épilepsie sévères et pharmaco-résistantes » font partie des 5 indications de l’expérimentation française. Mais aucun nouveau patient n’y entre depuis le 27 mars 2024, et le cadre définitif, qui prévoit une autorisation d’utilisation temporaire délivrée par l’ANSM, attend toujours ses décrets (voir qui peut encore y accéder).

Deux modèles se dessinent donc : le Maroc passe par l’AMM classique, la France a créé un statut spécifique pour ces médicaments. Dans les deux pays, c’est l’étape administrative finale qui bloque l’accès des patients.

Idées fausses à corriger

  • « Ces médicaments marocains seront disponibles en France. » Non. Une AMM marocaine ne vaut pas en France ni dans l’Union européenne.
  • « Le Maroc vend déjà du cannabis médical en pharmacie. » Non. Les produits vendus en officine sont des cosmétiques et des compléments alimentaires, pas des médicaments.
  • « Un complément au CBD peut remplacer un traitement de l’épilepsie. » Non. Un complément n’est pas un médicament : ne modifiez jamais un traitement antiépileptique sans avis médical (voir cannabis médical et CBD de boutique).

À retenir

  • 4 médicaments à base de cannabis ont une AMM au Maroc, tous pour l’épilepsie (3 Sothema/FM6SS, 1 Pharma 5).
  • Aucun n’est encore commercialisé : les procédures auprès de l’AMMPS ne sont pas terminées.
  • Noms, compositions, indications précises et prix ne sont pas publics.
  • La filière marocaine compte déjà 179 produits enregistrés, surtout des cosmétiques et des compléments, et exporte vers 15 pays.
  • En France, Epidyolex reste la référence dans certaines épilepsies rares ; le cadre du cannabis médical attend ses décrets.

Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.

Sources

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