L’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) a retiré 1 490 autorisations pour non-respect de la réglementation, selon Médias24 et le quotidien Al Ahdath Al Maghribia (repris par Le360) le 15 octobre 2026. Près de 1 300 concernent des agriculteurs, environ 190 d’autres opérateurs, dont 31 autorisations d’exportation. Médias24 rapporte aussi que les exportations de cannabis légal au Maroc concernent désormais 15 marchés étrangers. Aucun communiqué officiel de l’ANRAC détaillant ces chiffres n’était en ligne le 16 octobre : ils restent à confirmer.
Ce double mouvement, plus de contrôle d’un côté et plus d’export de l’autre, dit beaucoup de la façon dont le Maroc construit sa filière cinq ans après la loi. Voici ce que l’on sait, ce qui reste incertain, et ce que cela change pour la francophonie.
Ce qui a été annoncé le 15 octobre 2026
Le détail publié par Le360 d’après Al Ahdath Al Maghribia est le suivant, pour la saison agricole 2026 :
- 1 490 autorisations retirées au total ;
- près de 1 300 autorisations de culture, détenues par des agriculteurs ;
- 190 autres autorisations : 60 pour l’importation de semences, 45 pour la transformation et la fabrication, 35 pour la commercialisation, 31 pour l’exportation, 12 pour l’exportation de semences et 7 pour le transport.
Selon la même source, ces retraits découlent surtout de manquements administratifs : erreurs dans la déclaration des récoltes, retards dans le respect des délais fixés pour la collecte et la transformation. Il ne s’agit donc pas, d’après ce qui est publié, d’une vague de saisies ou de poursuites pénales.
Côté récolte, la variété locale Beldia aurait été récoltée sur environ 1 100 hectares, soit près de 60 % des surfaces semées dans les trois provinces autorisées, avec un taux de 92 % dans la province de Taounate. Environ 1 800 agriculteurs regroupés dans 154 coopératives y ont participé. Médias24 note que les surfaces consacrées à la variété importée reculent.
Cannabis légal au Maroc : les chiffres officiels de référence
Pour mettre ces annonces en perspective, les derniers chiffres officiels sont ceux donnés par le directeur général de l’ANRAC, Mohamed El Guerrouj, à l’agence MAP le 22 avril 2026 :
- 19 576 quintaux de matière sèche produits en 2025, contre 18 810 en 2024 ;
- 4 147 nouvelles autorisations délivrées en 2025, pour 5 765 autorisations opérationnelles, dont 5 492 pour la culture ;
- 3 141 hectares récoltés en 2025, dont 2 622 en Beldia ;
- 7 526 contrôles de conformité, 111 autorisations déjà retirées, et des mises en demeure visant 1 308 autorisations de culture (1 217 agriculteurs) et 150 autorisations d’opérateurs.
Le nombre de retraits rapporté en octobre est du même ordre de grandeur que ces mises en demeure annoncées au printemps. Cela laisse penser à l’aboutissement d’une procédure engagée plus tôt plutôt qu’à une décision soudaine, mais l’ANRAC ne l’a pas confirmé publiquement.
Export : de 7 à 15 pays ?
En avril 2026, l’ANRAC citait une présence des produits marocains dans « plus de sept pays » : France, Suisse, République tchèque, Luxembourg, Portugal, Australie et Afrique du Sud. Le chiffre de 15 marchés avancé par Médias24 le 15 octobre provient d’une « source sûre » ; la liste des pays et les volumes ne sont pas publiés. Il faut donc le lire comme une indication, pas comme une statistique officielle.
Selon Le360, l’agence cherche aussi à faire protéger à l’étranger le logo des produits marocains issus du cannabis légal, déjà reconnu notamment au Luxembourg et au Portugal, avec des démarches en cours en Allemagne et en Espagne. Un exemple concret de ces débouchés : du cannabis médical Beldia livré dans des pharmacies suisses.
Le cadre : loi 13-21 et usages médicaux
La loi n° 13-21 relative aux usages licites du cannabis, adoptée en 2021, autorise neuf activités (culture, pépinières, import-export de semences, transformation, transport, commercialisation, exportation, importation de produits) à des fins médicales, pharmaceutiques et industrielles. L’usage récréatif reste interdit. L’ANRAC délivre, renouvelle et retire les autorisations ; seules des sociétés de droit marocain peuvent en être titulaires.
Idée fausse : « le Maroc a légalisé le cannabis ». Non. Il a encadré une filière licite pour des usages précis, sous contrôle d’une agence d’État. Autre nuance importante : l’essentiel des produits enregistrés ne sont pas des médicaments. En 2025, sur 110 produits enregistrés auprès de l’AMMPS, on comptait 50 compléments alimentaires, 59 cosmétiques et 1 médicament, pour 141 produits au total sur le marché. En juin 2026, l’ANRAC elle-même soulignait que la prescription médicale restait à structurer (indications, protocoles, formation des médecins).
Ce que cela change pour la francophonie et pour la France
Pour l’Afrique francophone, le Maroc fait figure de laboratoire : une agence dédiée, une traçabilité de la parcelle à l’export, et des contrôles qui peuvent aller jusqu’au retrait. Le message envoyé aux acheteurs étrangers est clair : la conformité administrative conditionne l’accès au marché.
Pour la France, prudence. La présence de produits marocains sur le marché français ne signifie pas que des patients français reçoivent du cannabis médical marocain. Dans le futur cadre français, chaque médicament à base de cannabis devra être autorisé par l’ANSM pour 5 ans renouvelables, et aucun nouveau patient n’est inclus depuis le 27 mars 2024 : qui peut encore accéder au cannabis médical en France et calendrier de la généralisation. Pour les voisins suisses, belges ou québécois : le cannabis médical dans la francophonie.
À retenir
- 1 490 autorisations retirées par l’ANRAC selon la presse marocaine du 15 octobre 2026, dont près de 1 300 chez des agriculteurs.
- Motifs rapportés : manquements administratifs (déclarations de récolte, délais), pas des poursuites pénales.
- 15 marchés à l’export selon Médias24, contre « plus de sept pays » cités officiellement en avril 2026.
- Aucun communiqué détaillé de l’ANRAC en ligne au 16 octobre : chiffres à confirmer.
- La loi 13-21 encadre des usages médicaux, pharmaceutiques et industriels ; le récréatif reste interdit.
Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.
Sources
- Médias24 – « Cannabis légal : 15 pays à l’export, 60 % des surfaces de Beldia récoltées » (15/10/2026)
- Le360 – Revue de presse d’Al Ahdath Al Maghribia : près de 1 500 autorisations retirées par l’ANRAC (15/10/2026)
- Le Matin / MAP – Entretien avec Mohamed El Guerrouj, DG de l’ANRAC : bilan 2025 (22/04/2026)
- ANRAC – Loi 13-21 relative aux usages licites du cannabis et textes d’application
- ANRAC – Foire aux questions (activités autorisées, octroi et retrait des autorisations)
- ANRAC – « Cannabis thérapeutique : le Maroc dispose d’un cadre prêt et d’une offre disponible et encadrée » (08/06/2026)
- ANSM – Cannabis à usage médical, dossier thématique (cadre français et autorisation des médicaments)

