Écran affichant un graphique comparant les doses de cannabis médical chez les femmes et les hommes, avec symboles féminin et masculin et signal d’alerte

Cannabis médical chez les femmes : ce que montre un registre de 135 698 patients

Une étude publiée en ligne le 16 octobre 2026 dans Cannabis and Cannabinoid Research s’est penchée sur le cannabis médical chez les femmes et chez les hommes, à partir du registre national israélien. Sur 135 698 patients autorisés entre 2018 et 2022, les femmes recevaient des quantités plus faibles et des produits moins riches en THC, mais elles étaient 1,5 fois plus nombreuses, en proportion, à signaler au moins un effet indésirable. Une étude observationnelle, qui ne dit pas pourquoi, mais qui pose une vraie question de pratique médicale.

Voici ce que montrent ces données, leurs limites, et ce qu’elles signifient pour la France, où ce type d’analyse reste à faire.

Une étude sur l’ensemble des patients israéliens

Les chercheurs ont utilisé les données de l’agence israélienne du cannabis médical, qui délivre les autorisations individuelles. La période couvre avril 2018 à mars 2022. Le registre contient l’âge et le sexe des patients, l’indication, la quantité mensuelle autorisée, les concentrations en THC et en CBD des produits, et les effets indésirables déclarés.

Sur les 135 698 personnes autorisées, 62 % étaient des hommes. Les hommes étaient plus jeunes : 49 ans en moyenne, contre 55,3 ans pour les femmes. Chez les deux sexes, les trois premières indications étaient les douleurs chroniques, les symptômes liés au cancer et à la chimiothérapie, et le trouble de stress post-traumatique.

Cannabis médical chez les femmes : des doses plus faibles, plus d’effets indésirables

Au début du traitement, les différences étaient nettes :

  • quantité mensuelle : 29,3 g chez les hommes contre 26,1 g chez les femmes ;
  • concentration en THC : 14,3 % contre 11,9 % ;
  • concentration en CBD : 5,1 % contre 6,5 %.

Ces écarts restaient significatifs sur 2 ans. Les hommes arrêtaient un peu moins souvent leur traitement (rapport de risque de 0,95). Surtout, les femmes avaient un risque relatif de 1,51 de déclarer au moins un effet indésirable par rapport aux hommes (intervalle de confiance à 95 % : 1,43 à 1,58).

Le résultat frappe parce qu’il va à contre-courant de l’intuition : les femmes recevaient en moyenne moins de cannabis et moins de THC, et déclaraient pourtant davantage d’effets indésirables.

Ce que l’étude ne permet pas de conclure

Les auteurs avancent plusieurs pistes : des facteurs biologiques, comportementaux et liés au système de soins. Mais le registre ne permet pas de trancher, et plusieurs limites invitent à la prudence :

  • Étude rétrospective : elle décrit des différences, elle ne prouve pas que le sexe en soit la cause.
  • Effets déclarés : une partie de l’écart peut venir d’une façon différente de signaler les effets, pas seulement de leur fréquence réelle.
  • Poids et dose réelle : le résumé ne précise pas si les doses ont été rapportées au poids corporel ; une même quantité ne correspond pas à la même exposition chez deux personnes de poids différent.
  • Modèle israélien : licences individuelles et produits définis par leur taux de THC et de CBD, un cadre différent de celui de la France.

La conclusion des chercheurs reste mesurée : ces différences plaident pour une approche clinique qui tienne compte du sexe, et pour davantage de recherche.

Et en France ?

En France, à notre connaissance, aucune analyse publique comparable par sexe n’a été publiée pour les patients de l’expérimentation. Les données disponibles sont beaucoup plus limitées. Selon le compte rendu du comité scientifique de l’ANSM du 23 mars 2026, 1 650 patients étaient encore inclus au 31 juillet 2025, dont 60,2 % pour des douleurs neuropathiques réfractaires. Sur la période d’avril 2024 à juillet 2025, 30 cas de pharmacovigilance ont été retenus, avec un âge moyen de 58 ans et un sex-ratio de 0,53 : un nombre trop faible pour en tirer une conclusion sur les différences entre femmes et hommes.

Côté accès, rien ne change : les indications restent les 5 indications de l’expérimentation, aucune inclusion n’est possible depuis le 27 mars 2024, et seuls les patients déjà traités continuent dans la phase transitoire, qui prendra fin 3 mois après la publication de l’avis de la HAS. Le futur cadre, encore en attente de ses textes (voir le calendrier de la généralisation), pourrait être l’occasion de suivre ces différences dès le départ.

Idées fausses à corriger

  • « Moins de THC, donc moins d’effets indésirables. » Pas forcément. Dans ce registre, les femmes recevaient moins de THC et déclaraient pourtant plus d’effets indésirables.
  • « La même dose convient à tout le monde. » Non. L’ajustement progressif de la dose, avec le médecin, reste la règle ; le sexe pourrait être un facteur à prendre en compte, parmi d’autres.
  • « L’étude prouve que le cannabis est plus dangereux pour les femmes. » Non. Elle montre une association dans des données déclaratives, pas un lien de cause à effet.

À retenir

  • Registre israélien, publication du 16 octobre 2026 : 135 698 patients autorisés entre 2018 et 2022, dont 62 % d’hommes.
  • Les femmes recevaient moins de cannabis (26,1 g contre 29,3 g par mois) et moins de THC (11,9 % contre 14,3 %).
  • Elles déclaraient pourtant plus souvent au moins un effet indésirable (risque relatif 1,51).
  • Étude observationnelle : elle signale un écart à explorer, sans en expliquer la cause.
  • En France, pas de données publiques comparables, et pas de nouvel accès depuis mars 2024.

Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.

Sources

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