Consultation de la douleur avec IRM lombaire : essai de cannabis médical dans la sciatique

Cannabis médical et sciatique : moins de morphine, pas moins de douleur

Un essai randomisé publié le 9 octobre 2026 dans le Journal of Cannabis Research montre qu’une dose unique d’extrait de cannabis, placée sous la langue, a réduit de près de moitié la morphine utilisée en 24 heures par des patients arrivés aux urgences pour une douleur radiculaire aiguë, la douleur qui irradie le long d’un nerf comme dans une sciatique. Mais la douleur ressentie, elle, n’a pas baissé davantage que sous placebo. L’essai est petit (69 patients) et le produit testé est fourni par son fabricant.

Sur la question « cannabis médical et sciatique », cet essai n’apporte donc pas de réponse simple. Voici ce qu’il a mesuré, ses limites, et ce qui s’applique en France.

Ce qu’a testé l’essai

L’étude a été menée au service des urgences du centre médical universitaire Hadassah, à Jérusalem. Elle visait des adultes souffrant d’une douleur radiculaire aiguë intense (au moins 6 sur 10 sur une échelle visuelle analogique), confirmée par scanner ou IRM. Sur 246 patients éligibles, 69 ont accepté de participer.

  • Forte dose (26 patients) : 19,8 mg de THC et 19,8 mg de CBD, avec des terpènes, en une prise sublinguale ;
  • Faible dose (21 patients) : 9,9 mg de THC et 9,9 mg de CBD ;
  • Placebo (22 patients).

Tous recevaient ensuite de la morphine par voie veineuse grâce à une pompe qu’ils déclenchaient eux-mêmes en cas de douleur (analgésie contrôlée par le patient). Deux critères principaux étaient suivis : la quantité totale de morphine sur 24 heures et l’intensité moyenne de la douleur, au repos et en mouvement.

Les résultats : moins de morphine, autant de douleur

  • Dans le groupe forte dose, la consommation de morphine sur 24 heures a été de 17,4 mg en moyenne, contre 33,2 mg sous placebo, soit environ 48 % de moins. La différence est statistiquement significative.
  • Le résumé ne rapporte pas de différence significative pour la faible dose sur ce critère.
  • L’intensité de la douleur n’a pas différé entre les groupes : 5,1 sous placebo, 5,5 en faible dose et 5,4 en forte dose, sur 10.
  • Côté tolérance, 3 patients ont eu des hallucinations (1 en forte dose, 2 en faible dose), toutes passagères (moins d’une heure). Aucun participant n’a arrêté l’étude à cause d’un effet indésirable.

Les auteurs concluent que cette formulation pourrait servir d’appoint pour épargner les opioïdes dans la douleur aiguë. Autrement dit, à douleur égale, les patients ont eu besoin de moins de morphine. C’est un résultat intéressant, mais sur un seul des deux critères principaux.

Les limites à garder en tête

  • Petit effectif : 69 patients répartis en trois groupes, dans un seul hôpital. La fiche ClinicalTrials.gov de l’étude (NCT04816994) prévoyait un effectif estimé à 200 participants.
  • Une seule prise, suivie sur 24 heures : l’essai ne dit rien d’un traitement de plusieurs semaines, ni de la douleur chronique.
  • Liens avec l’industriel : le groupe Bazelet a fourni et commercialise les produits testés, et trois des auteurs en sont salariés. Les auteurs précisent que l’analyse statistique a été confiée à un statisticien externe, en aveugle, et que l’essai a été conçu par l’équipe hospitalière avant l’implication de l’entreprise.
  • Calendrier : selon ClinicalTrials.gov, l’étude a démarré en janvier 2018 et n’a été enregistrée qu’en mars 2021.
  • Effets du THC : même passagères, des hallucinations chez 3 patients sur 47 traités rappellent que ces doses ne sont pas anodines.

Cannabis médical et sciatique : ce qui s’applique en France

En France, la sciatique aiguë ne fait pas partie des situations prévues pour le cannabis médical. Les 5 indications retenues par l’ANSM visent notamment les douleurs neuropathiques réfractaires aux thérapies accessibles, c’est-à-dire des douleurs chroniques qui résistent aux traitements habituels, pas une crise aiguë traitée aux urgences. Nous détaillons ce point dans notre article sur la douleur neuropathique et le cadre français.

Surtout, l’accès reste fermé aux nouveaux patients depuis le 27 mars 2024 : seuls ceux déjà traités dans l’expérimentation poursuivent leur traitement, dans le cadre de la phase transitoire. Le futur cadre, encore en attente de ses décrets, réservera le cannabis médical à une dernière ligne de traitement, sur prescription hospitalière initiale, selon l’ANSM. Le calendrier est suivi dans notre article sur la généralisation du cannabis médical.

Idées fausses à corriger

  • « Moins de morphine, donc moins de douleur. » Non. Dans cet essai, la douleur est restée la même ; c’est la quantité de morphine demandée qui a baissé.
  • « Le cannabis peut remplacer les opioïdes. » L’essai l’a testé en complément de la morphine, pas à sa place.
  • « Une huile CBD du commerce ferait pareil. » Non. Le produit testé contenait autant de THC que de CBD, à des doses pharmaceutiques contrôlées. Un produit CBD de boutique n’est pas un médicament évalué.

En cas de sciatique, le bon réflexe reste de consulter : le médecin évalue la cause et propose un traitement adapté.

À retenir

  • Essai randomisé contre placebo publié le 9 octobre 2026, 69 patients aux urgences pour une douleur radiculaire aiguë.
  • Une dose unique de 19,8 mg de THC et 19,8 mg de CBD a réduit la morphine sur 24 heures (17,4 mg contre 33,2 mg).
  • La douleur ressentie n’a pas diminué par rapport au placebo.
  • Étude petite, monocentrique, sur 24 heures, avec un produit fourni par son fabricant.
  • En France, la sciatique aiguë n’est pas une indication, et aucun nouveau patient n’entre dans le dispositif depuis le 27 mars 2024.

Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.

Sources