Les effets indésirables du cannabis médical sont fréquents, mais rarement graves : c’est le bilan de l’expérimentation française. Sur les 3 209 patients inclus entre mars 2021 et mars 2024, 90 cas graves ont été notifiés, soit 2,8 % des patients, selon le dernier bilan présenté à l’ANSM. Les effets les plus courants sont neurologiques (somnolence, vertiges), digestifs et psychiatriques. Un seul cas de trouble de l’usage a été signalé, et aucune décompensation psychotique.
Ce bilan repose sur deux sources publiques : le compte rendu du comité de pharmacovigilance et d’addictovigilance de l’ANSM (séance du 29 octobre 2025, données arrêtées au 31 juillet 2025) et une étude publiée en février 2026 par les centres de pharmacovigilance français. Alors que le cadre définitif se fait attendre, ce sont les données de sécurité les plus complètes disponibles en France.
Ce qu’ont permis de mesurer trois ans d’expérimentation
L’expérimentation a commencé le 26 mars 2021. Les inclusions ont été arrêtées le 27 mars 2024, et l’expérimentation elle-même le 31 décembre 2024. Les patients recevaient des huiles orales ou des fleurs séchées à vaporiser, en dernière intention, dans cinq indications. Plus de la moitié (54 %) étaient traités pour des douleurs neuropathiques réfractaires.
Chaque patient était suivi dans un registre dédié, ReCann, et les centres de pharmacovigilance et d’addictovigilance de Lyon ont analysé les déclarations. Ce n’était pas un essai clinique : il n’y avait pas de groupe de comparaison. Les chiffres décrivent ce qui a été déclaré, pas un risque calculé.
Les effets indésirables du cannabis médical les plus fréquents
L’étude publiée dans Fundamental & Clinical Pharmacology porte sur 3 164 patients suivis jusqu’au 31 mars 2024. Au moins un effet indésirable a été déclaré chez 1 186 d’entre eux, soit un peu plus d’un patient sur trois. Parmi les effets déclarés :
- 37,2 % étaient neurologiques : somnolence, vertiges, troubles de la mémoire ou de l’attention, parfois aggravation d’une épilepsie ;
- 16,9 % étaient digestifs : nausées notamment ;
- 15,2 % étaient psychiatriques : anxiété, troubles de l’humeur.
Les effets graves concernaient 81 patients (3 %) sur cette période. Le comité de l’ANSM, avec des données prolongées jusqu’au 31 juillet 2025, arrive à 90 cas graves sur 3 209 patients traités depuis le début. Sa conclusion : les données « confirment le profil de sécurité » des médicaments à base de cannabis, « avec peu d’effets indésirables graves ».

Les signaux qui appellent à la vigilance
Peu nombreux ne veut pas dire inexistants. Les experts relèvent quatre points d’attention.
- L’humeur, en début de traitement. Depuis le début de l’expérimentation, 8 cas d’idées ou de comportements suicidaires et 3 cas graves de dépression ont été recensés. Sur ces 11 cas, 5 patients avaient des antécédents psychiatriques. Le comité demande d’y être attentif en début de traitement, « même en l’absence d’antécédents connus ».
- Le cœur et les vaisseaux. Au 31 juillet 2025, le comité compte 7 syndromes coronariens aigus, 7 accidents vasculaires cérébraux ou accidents ischémiques transitoires et 2 embolies pulmonaires. Ils sont survenus chez des patients âgés avec des facteurs de risque, et le rôle du cannabis est « difficile à évaluer ». L’intérêt d’une étude sur les données de l’Assurance maladie est évoqué.
- Les interactions. Un cas grave d’interaction entre le CBD et le cénobamate, un antiépileptique, a entraîné une hausse des crises. D’autres interactions possibles ont été notées avec la duloxétine et l’olaparib.
- Les erreurs de dose. Une patiente a pris 1 mL au lieu de 0,1 mL par jour pendant deux mois, faute de lisibilité de la pipette. Une autre a confondu son traitement avec le Laroxyl® de son conjoint. Les experts évoquent des formes de type capsule pour limiter ces erreurs.
Autre point soulevé en mai 2026 : le changement de fabrication de deux huiles, dont la teneur maximale en THC a varié selon les lots. L’ANSM a recensé 6 signalements liés à ces changements, dont 4 avec effets indésirables (somnolence, vertiges, nausées).
Dépendance : un seul cas en trois ans
Sur toute l’expérimentation, un seul cas de trouble de l’usage du cannabis médical a été notifié. L’étude publiée détaille 12 effets analysés en addictovigilance : 7 syndromes de sevrage, 3 cas de tolérance et 2 mésusages de fleurs.
Les experts restent prudents : les antécédents de consommation sont difficiles à recueillir. Ils proposent, pour la généralisation, un repérage précoce du mésusage, par exemple avec un court questionnaire dès le début du traitement, surtout pour les produits contenant du THC.
Ce que cela change pour les patients aujourd’hui
Environ 650 patients sont encore traités dans la phase transitoire, selon l’ANSM (mai 2026). Aucun nouveau patient n’est inclus depuis le 27 mars 2024 : voir qui peut encore accéder au cannabis médical. Pour eux, et en vue du cadre pérenne, ce bilan donne des repères concrets :
- signaler à son médecin tout changement d’humeur, surtout dans les premières semaines ;
- donner la liste complète de ses médicaments, y compris les antiépileptiques et les antidépresseurs ;
- vérifier la graduation de la pipette et ne jamais doubler une dose oubliée sans avis médical ;
- déclarer un effet indésirable, ce que tout patient peut faire lui-même sur le portail officiel de signalement.
Ces données concernent des médicaments contrôlés et suivis, pas les produits de boutique : voir cannabis médical et CBD de boutique.
Idées fausses à corriger
- « C’est naturel, donc sans effets secondaires. » Non : plus d’un patient sur trois a déclaré au moins un effet indésirable, le plus souvent bénin.
- « Le cannabis médical rend psychotique. » Aucune décompensation psychotique n’a été rapportée dans l’expérimentation, mais la vigilance sur l’humeur reste de mise.
- « Les patients deviennent dépendants. » Un seul trouble de l’usage notifié en trois ans, ce qui n’exclut pas une sous-déclaration.
- « Ces chiffres prouvent que c’est sans danger. » Non : sans groupe témoin, l’étude ne peut pas mesurer le risque réel, comme le soulignent ses auteurs.
À retenir
- 3 209 patients inclus dans l’expérimentation française, 90 cas graves notifiés au 31 juillet 2025, soit 2,8 %.
- Effets dominants : neurologiques (37,2 %), digestifs (16,9 %) et psychiatriques (15,2 %).
- Un seul trouble de l’usage notifié, aucune décompensation psychotique rapportée.
- Points de vigilance : humeur en début de traitement, patients à risque cardiovasculaire, interactions, erreurs de dose.
- Des données déclaratives et sans comparaison : utiles pour la généralisation, pas une mesure du risque.
Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.
Sources
- ANSM – Compte rendu du comité scientifique permanent mixte « Pharmacovigilance et addictovigilance des médicaments à base de cannabis utilisés dans l’expérimentation », séance du 29 octobre 2025 (PDF, mis en ligne le 27 janvier 2026)
- Fundamental & Clinical Pharmacology – Chevallier C., Batisse A., Monzon E., Richard N., Authier N., Chenaf C., Gaboriau L., Ferey A. et al. « Medical Cannabis Use in France: An Observational Safety Study Based on the RECANN Registry and the Pharmacovigilance/Addictovigilance System From 2021 to 2024 », publié en ligne le 24 février 2026 (en anglais, résumé consulté)
- ANSM – Compte rendu du comité scientifique temporaire « Suivi de l’expérimentation française de l’usage médical du cannabis », séance du 29 mai 2026 (PDF, mis en ligne le 12 août 2026)
- ANSM – Cannabis à usage médical (dossier thématique)
- Ministère de la Santé – Portail de signalement des événements sanitaires indésirables

