Pharmacienne hospitalière remettant un flacon d’huile et un pot de traitement à une patiente munie d’une ordonnance, devant une fenêtre donnant sur la vieille ville de Luxembourg, drapeaux luxembourgeois et européen

Cannabis médical au Luxembourg : accès, produits et frontaliers en 2026

À quelques kilomètres de la frontière française, le cannabis médical au Luxembourg fonctionne depuis février 2019 selon un modèle très différent du nôtre : prescription par des médecins formés, délivrance gratuite dans 4 pharmacies hospitalières, produits achetés par l’État. Depuis le 1er janvier 2025, les fleurs riches en THC ne sont plus réapprovisionnées. Voici ce que disent les sources officielles luxembourgeoises en octobre 2026, et ce que cela signifie pour les frontaliers.

Le cadre légal du cannabis médical au Luxembourg

La base est la loi du 20 juillet 2018, entrée en vigueur le 5 août 2018, qui modifie la loi de 1973 sur les substances médicamenteuses et la lutte contre la toxicomanie. Selon la Direction de la santé, elle encadre la prescription, la délivrance et la possession de cannabis médicinal dans un contexte médical. Un programme d’accès, présenté à l’origine comme une phase pilote, a démarré en février 2019, accompagné d’un comité scientifique pluridisciplinaire.

Les indications sont fixées par règlement grand-ducal. Les brochures officielles en citent trois :

  • les pathologies chroniques graves reconnues comme affections de longue durée (article 19bis du Code de la sécurité sociale), en phase avancée ou terminale, avec des douleurs chroniques sévères et invalidantes qui n’ont pas répondu aux traitements ;
  • les maladies cancéreuses traitées par une chimiothérapie qui provoque des nausées ou des vomissements ;
  • la sclérose en plaques avec spasticité musculaire symptomatique.

Le Médiateur de la santé rappelle par ailleurs que le Sativex est prescriptible au Luxembourg depuis 2015. Les brochures citent aussi le Sativex et l’Epidyolex parmi les produits autorisés, car ils disposent d’une autorisation de mise sur le marché.

Prescription et délivrance : un circuit hospitalier et gratuit

Seul un médecin autorisé à exercer au Luxembourg et ayant suivi une formation spécifique certifiée par la Direction de la santé peut prescrire. Un médecin traitant non formé peut demander à la Direction de la santé les coordonnées d’un confrère certifié. L’ordonnance est sécurisée, issue d’un carnet à souches, comme pour les autres stupéfiants.

La délivrance se fait uniquement dans quatre pharmacies hospitalières : CHL (Luxembourg-ville), Hôpitaux Robert Schuman (Luxembourg-ville), CHEM (Esch-sur-Alzette) et CHDN (Ettelbruck). Le patient doit s’y présenter au plus tard 60 jours après la date de l’ordonnance, souvent sur rendez-vous ou après avoir envoyé l’ordonnance à l’avance. Selon la brochure patients de la Direction de la santé, les produits sont intégralement pris en charge par le ministère de la Santé : le patient n’avance aucune somme.

Quels produits en 2026 ?

Le programme proposait trois profils de fleurs séchées (THC dominant, CBD dominant, THC/CBD équilibré) et, depuis 2022, des extraits huileux. Une réponse parlementaire de mai 2023 indique que toutes les limitations d’accès aux huiles ont été levées le 23 janvier 2023, et que 157 kg de cannabis ont été importés en 2021, puis 283 kg en 2022.

Changement majeur : depuis le 1er janvier 2025, seules les fleurs CBD-dominantes et les fleurs THC/CBD restent disponibles. La Direction de la santé justifie ce choix par moins d’effets indésirables et de risques de dépendance ou de mésusage. Dans sa réponse parlementaire du 17 février 2026, la ministre de la Santé Martine Deprez précise que 783 patients étaient traités en 2024 avec des fleurs riches en THC. Il leur restait deux formes de fleurs, trois extraits huileux ou des traitements conventionnels, à voir avec leur médecin.

La FAQ officielle souligne qu’il n’existe pas d’équivalence directe entre fleurs et huiles. Elle recommande une titration au cas par cas et, en cas d’arrêt des fleurs, une diminution progressive sur 4 à 8 semaines.

Des ruptures de stock reconnues

La même réponse de février 2026 reconnaît des tensions d’approvisionnement. En 2025, les fleurs THC/CBD ont manqué environ 4 semaines (début février à début mars), puis les fleurs CBD-dominantes environ 4 semaines (mi-octobre à mi-novembre), à cause d’un stock épuisé et d’une livraison en retard de près de deux mois. Les trois extraits huileux sont, eux, restés disponibles sans interruption. La ministre évoque un défi structurel lié à une plante dont les récoltes doivent répondre à des critères stricts. Une pénalité contractuelle a été appliquée en 2025 au fournisseur, Tilray Deutschland.

Frontaliers : ce que disent les textes

Pour accéder au programme, il faut remplir au moins un critère : résider au Luxembourg, être bénéficiaire de l’assurance maladie luxembourgeoise ou avoir la nationalité luxembourgeoise. La brochure officielle (édition 2022) précise que les frontaliers cotisant à la Caisse nationale de santé sont éligibles. Elle ajoute aussitôt une mise en garde sur le transport du cannabis au-delà de certains taux de THC.

Pour les déplacements dans l’espace Schengen, la Direction de la santé peut délivrer, sur la base d’une ordonnance, un certificat valable 30 jours au plus, un par médicament. Un frontalier qui vit en France doit donc se renseigner avant de rapporter son traitement chez lui. La brochure invite à vérifier la législation des pays traversés et de destination.

Luxembourg et France : deux situations opposées

En France, aucun nouveau patient n’entre dans le dispositif depuis le 27 mars 2024, et seuls les patients déjà inclus poursuivent leur traitement, environ 650 selon l’ANSM, citée dans une question écrite publiée au JO du 15 septembre 2026 (détails dans notre article sur la phase transitoire). Les 5 indications françaises sont plus larges sur le papier (épilepsies pharmacorésistantes, situations palliatives…), mais le cadre pérenne attend toujours ses décrets. Le Luxembourg, lui, a un circuit ouvert et gratuit, mais limité à trois indications et à l’hôpital, avec une offre de fleurs réduite depuis 2025.

À retenir

  • Cadre : loi du 20 juillet 2018, programme d’accès depuis février 2019.
  • Trois indications : douleurs chroniques sévères liées à une ALD avancée, nausées de chimiothérapie, spasticité de la sclérose en plaques.
  • Prescription par un médecin formé et certifié ; délivrance gratuite dans 4 pharmacies hospitalières, dans les 60 jours.
  • Depuis le 1er janvier 2025, plus de fleurs THC-dominantes : 783 patients concernés en 2024.
  • Ruptures d’environ 4 semaines sur deux types de fleurs en 2025 ; les huiles sont restées disponibles.
  • Frontaliers affiliés à la CNS : éligibles selon la brochure officielle, mais le transport vers la France est à vérifier avant tout déplacement.

Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.

Sources

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La rédaction de Cannabis Thérapeutique suit l’actualité du cannabis médical en France et dans l’espace francophone (Belgique, Suisse, Québec). Chaque article s’appuie sur des sources officielles (ANSM, HAS, Légifrance, autorités de santé étrangères) ou des études publiées, est daté et mis à jour quand la situation évolue. Le site ne donne pas de conseil médical. Méthode détaillée : charte éditoriale.