Médecin et patient souriants dans une consultation du sommeil lumineuse aux murs vert sauge, un écran affiche une courbe du sommeil qui monte de la lune au soleil levant, vue sur Londres et Big Ben

Cannabis et insomnie : ce que montre une étude sur 2 ans

Cannabis et insomnie : une nouvelle étude britannique a suivi pendant deux ans 211 patients traités par cannabis médical pour des troubles du sommeil. Publiée le 26 octobre 2026 dans Neuropsychopharmacology Reports, elle rapporte un score de sommeil passé de 2,46 à 5,14 sur 10. Mais il s’agit d’une étude d’observation, sans groupe placebo, où près de 64 % des questionnaires manquaient à 24 mois, et où la dose de THC a fortement augmenté. Elle ne contredit pas la revue Cochrane publiée deux semaines plus tôt, qui ne trouvait pas de bénéfice net dans les essais randomisés.

Voici ce que l’étude a mesuré, ce qu’elle ne permet pas de conclure, et ce que cela signifie en France.

Qui a été suivi, et comment

Les données viennent du UK Medical Cannabis Registry, un registre de patients d’une clinique privée britannique, Curaleaf Clinic, qui en est propriétaire. Sur 34 563 personnes inscrites, les chercheurs ont retenu celles traitées principalement pour insomnie et inscrites depuis plus de deux ans : 211 patients, âge moyen 42 ans, à 72,51 % des hommes.

Point important : 59,72 % consommaient déjà du cannabis à leur entrée dans le registre, et 21,33 % en avaient consommé auparavant. Seuls 18,96 % n’en avaient jamais pris. Près d’un patient sur deux (47,39 %) avait aussi une dépression ou un trouble anxieux. Les patients payaient eux-mêmes leur traitement, ce que les auteurs signalent comme une source possible d’attentes élevées.

Le sommeil était mesuré par un questionnaire à une seule question, noté de 0 à 10, rempli par le patient. Aucune mesure objective, comme un enregistrement du sommeil, n’a été réalisée.

Cannabis et insomnie : les résultats sur deux ans

Le score de qualité du sommeil passe de 2,46 au départ à 5,79 dès le premier mois, atteint 6,23 à 12 mois, puis redescend à 5,14 à 24 mois. L’écart avec le départ reste statistiquement significatif (+2,68 points).

MomentScore de sommeil (sur 10)Questionnaires manquants
Départ2,46—
1 mois5,795,69 %
3 mois5,9118,01 %
6 mois5,7528,91 %
12 mois6,2344,55 %
18 mois6,1754,98 %
24 mois5,1463,98 %
Score de qualité du sommeil des 211 patients et part des questionnaires manquants, estimés par imputation multiple. Source : Koye et al., 2026.
Carte de synthèse : évolution du score de qualité du sommeil de 211 patients insomniaques du registre britannique, de 2,46 au départ à 6,23 à 12 mois puis 5,14 à 24 mois, avec 63,98 % de questionnaires manquants à 24 mois
Source : Koye, Erridge et al., Neuropsychopharmacology Reports 2026;46(4):e70180 — cannabistherapeutique.com

L’anxiété, mesurée par le score GAD-7, baisse aussi, de 10,41 à 7,36 ; 48,82 % des patients rapportent une amélioration cliniquement significative. En revanche, la qualité de vie générale n’est pas différente à 24 mois : 0,63 au départ, 0,64 à deux ans.

Les limites qui changent la lecture

  • Pas de groupe contrôle : sans placebo, impossible de séparer l’effet du produit de l’effet placebo ou de la régression vers la moyenne (les scores très bas remontent souvent d’eux-mêmes). Les auteurs le reconnaissent.
  • Des données en grande partie estimées : à 24 mois, 135 questionnaires sur 211 manquaient (63,98 %). Ils ont été reconstitués par calcul. Rien ne garantit que les patients perdus de vue aillent aussi bien que les autres.
  • Une dose de THC multipliée par sept : la dose médiane passe de 20 mg à 143 mg de THC par jour en deux ans. Les auteurs évoquent une possible tolérance (voir pourquoi doubler la dose ne double pas l’effet).
  • Un registre lié à un acteur du secteur : le registre appartient à Curaleaf Clinic ; plusieurs auteurs y travaillent et le dernier auteur est directeur médical de Curaleaf International.
Carte de synthèse : limites de l’étude britannique sur l’insomnie, 63,98 % de données manquantes à 24 mois, dose médiane de THC passée de 20 à 143 mg par jour, qualité de vie inchangée et 8,06 % d’effets indésirables
Source : Koye, Erridge et al., Neuropsychopharmacology Reports 2026;46(4):e70180 — cannabistherapeutique.com

Fleurs, doses et effets indésirables

Les patients à qui l’on prescrivait uniquement des fleurs séchées, vaporisées, avaient plus de chances d’une amélioration nette du sommeil. Ceux qui dormaient le plus mal au départ aussi. À l’inverse, des doses de THC plus élevées étaient associées à moins d’amélioration du sommeil et de l’anxiété. Ce sont des associations, pas des preuves de cause à effet.

17 patients (8,06 %) ont signalé au moins un effet indésirable, aucun mettant leur vie en danger. Les plus fréquents : insomnie (13), fatigue (12) et bouche sèche (10). Les plus de 60 ans en signalaient nettement plus.

Ce que cela change pour les patients en France

Rien pour l’instant. L’insomnie ne fait pas partie des indications de l’expérimentation française (voir les indications du cannabis médical en France), et aucun nouveau patient n’est inclus depuis mars 2024 (voir qui peut encore y accéder).

Sur le fond, cette étude s’ajoute à un tableau prudent. La revue Cochrane du 13 octobre 2026, fondée sur 9 essais randomisés et 537 adultes, concluait à un effet probablement faible ou nul sur le sommeil (voir notre article sur la revue Cochrane). Un registre comme celui-ci aide à repérer la tolérance et les effets indésirables sur la durée, mais il ne peut pas prouver l’efficacité. Le même registre a aussi été étudié dans la douleur chronique (voir notre article).

Idées fausses à corriger

  • « L’étude prouve que le cannabis soigne l’insomnie. » Non : sans groupe placebo, elle montre une évolution, pas une cause.
  • « L’effet tient sur deux ans. » À nuancer : le score baisse entre 12 et 24 mois, alors que la dose de THC augmente, et près de deux tiers des données manquent.
  • « On peut se le faire prescrire en France pour dormir. » Non : l’insomnie n’est pas une indication retenue.

À retenir

  • Étude britannique publiée le 26/10/2026 : 211 patients insomniaques suivis 2 ans, sans groupe placebo.
  • Score de sommeil : 2,46 → 6,23 à 12 mois, puis 5,14 à 24 mois.
  • 63,98 % de questionnaires manquants à 24 mois ; THC médian de 20 à 143 mg par jour.
  • Qualité de vie inchangée à 24 mois ; 8,06 % d’effets indésirables.
  • La revue Cochrane 2026 ne trouve pas de bénéfice net dans les essais randomisés. En France, l’insomnie n’est pas une indication.

Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.

Sources

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