Une étude pilote menée au centre de l’endométriose de la Charité, à Berlin, a testé un extrait de cannabis par voie orale chez des femmes dont les douleurs résistaient aux traitements hormonaux et antalgiques. Sur 27 patientes suivies trois mois, la douleur moyenne est passée de 6,8 à 4,9 sur 10, avec moins de recours aux antalgiques. Mais l’étude n’avait pas de groupe placebo, et les effets indésirables étaient fréquents. Sur le sujet endométriose et cannabis, c’est un signal de recherche, pas une recommandation, et l’endométriose ne fait pas partie des indications prévues en France.
Les résultats ont été publiés le 22 septembre 2026 dans la revue scientifique PLOS One. Voici ce qui a été testé, ce que montrent les chiffres, et pourquoi il faut les lire avec prudence.
Endométriose et cannabis : ce qu’a testé l’équipe de la Charité
Il s’agit d’une étude prospective, dans un seul centre. Entre le 1er novembre 2023 et le 31 mai 2025, 30 femmes âgées de 18 à 45 ans ont été incluses. Toutes avaient une endométriose confirmée et des douleurs persistantes malgré les traitements habituels, avec une douleur moyenne d’au moins 4 sur 10 depuis trois mois. Une patiente a arrêté pendant la phase d’ajustement des doses à cause d’effets indésirables, et deux ont été perdues de vue : 27 ont été analysées.
Le produit était un extrait de cannabis équilibré, à prendre par la bouche : 12 mg de THC et 14 mg de CBD par millilitre. Il était ajouté aux traitements en cours, pas substitué. La dose a été augmentée progressivement sur quatre semaines, vers environ 10 mg de THC et 12 mg de CBD par jour, en deux prises. La plupart des patientes (81,5 %) recevaient déjà une hormonothérapie.
Le critère principal était une baisse de 15 points du score « douleur » d’un questionnaire de qualité de vie propre à l’endométriose (EHP-30, noté de 0 à 100, où 100 est le pire).
Les résultats : moins de douleur, moins d’antalgiques
- Douleur moyenne (0 à 10) : 6,81 au départ, 5,15 après un mois, 4,59 après deux mois et 4,93 après trois mois (p = 0,0004).
- Score douleur EHP-30 : de 59,3 à 38,4 sur 100 après trois mois, soit une baisse supérieure aux 15 points visés.
- Antalgiques : le nombre de jours avec prise d’antalgiques a diminué dès le premier mois, y compris pour les anti-inflammatoires et les opioïdes (tramadol, tilidine, oxycodone).
- Autres symptômes : les auteurs rapportent aussi une amélioration de la fatigue, de l’anxiété, de la sensibilisation centrale à la douleur et du handicap au quotidien.
Les auteurs concluent que ces extraits « semblent » être un complément sûr et potentiellement efficace, et que leurs résultats servent de base à de futures études contrôlées.

Des effets indésirables fréquents
Le tableau n’est pas sans contrepartie. Fatigue, troubles de la concentration et de la mémoire ont été les effets les plus persistants : ils concernaient environ 60 % des participantes tout au long de l’étude. Les nausées ont reculé avec le temps, de 29,6 % après un mois à 14,8 % après trois mois. L’anxiété ou les attaques de panique sont passées de 26 % à 4 %.
Les auteurs rappellent aussi que les effets à long terme du THC sur la cognition et l’équilibre hormonal restent mal connus, en particulier chez les femmes en âge de procréer. Sur les différences entre femmes et hommes face au cannabis médical, voir aussi notre analyse du registre israélien.
Pourquoi il faut rester prudent
- Pas de placebo : sans groupe témoin, impossible de savoir quelle part de l’amélioration revient au produit, à l’effet placebo ou à l’évolution naturelle des douleurs.
- Un petit effectif : 27 patientes analysées, dans un seul centre spécialisé.
- Un suivi court : trois mois, alors que l’endométriose est une maladie chronique.
- Des données déclarées : douleur, symptômes et prise d’antalgiques reposent sur des questionnaires remplis par les patientes.
C’est précisément ce que les auteurs appellent une étude « pilote » : elle prépare un essai randomisé, elle ne le remplace pas.
Et en France ?
L’endométriose est un enjeu de santé publique majeur : elle touche une femme sur dix en France, soit plus de 2 millions de femmes, selon l’Élysée lors du lancement de la stratégie nationale de lutte contre l’endométriose le 11 janvier 2022. La prise en charge de référence reste celle des recommandations de la HAS et du CNGOF, avec des traitements hormonaux et une prise en charge pluridisciplinaire.
L’endométriose ne figure pas parmi les 5 indications du cannabis médical en France, qui sont celles de l’expérimentation, reprises par la HAS pour le futur cadre. Et depuis le 27 mars 2024, aucun nouveau patient ne peut entrer dans le dispositif, quelle que soit sa maladie (voir qui peut encore accéder au cannabis médical). Le cadre pérenne attend toujours ses textes et l’avis de la HAS : notre point sur la généralisation fait le suivi.
Enfin, les huiles vendues en boutique ne sont pas l’extrait testé à Berlin : leur composition n’est pas contrôlée comme celle d’un médicament. La différence est expliquée dans cannabis médical et CBD de boutique.
Idées fausses à corriger
- « Le cannabis soigne l’endométriose. » Non. L’étude portait sur les douleurs et la qualité de vie, pas sur les lésions de la maladie.
- « C’est prouvé, puisque la douleur a baissé. » Pas encore : sans placebo, l’effet propre du produit n’est pas démontré.
- « Une huile de CBD fera pareil. » Rien ne le montre : l’extrait testé contenait du THC et du CBD à doses connues, sous suivi médical.
- « Je peux arrêter mon traitement hormonal. » Non : dans l’étude, l’extrait était ajouté aux traitements existants. Toute modification se discute avec son médecin.
À retenir
- Étude pilote de la Charité (Berlin), publiée le 22 septembre 2026 dans PLOS One : 27 patientes analysées sur 3 mois.
- Douleur moyenne : de 6,81 à 4,93 sur 10, avec moins de jours sous antalgiques.
- Effets indésirables fréquents : fatigue, concentration et mémoire chez environ 60 % des participantes.
- Pas de placebo : un signal à confirmer par un essai randomisé.
- En France, l’endométriose n’est pas une indication du cannabis médical, et l’accès est fermé aux nouveaux patients depuis le 27 mars 2024.
Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.
Sources
- PLOS One – Kratz JW, Velho RV, Bock S, Sehouli J, Mechsner S. « Evaluating the impact of cannabinoid extracts on chronic pain and quality of life in endometriosis patients – a pilot study », 21(9): e0356768, publié le 22 septembre 2026 (en anglais)
- DOI de l’étude : 10.1371/journal.pone.0356768
- HAS – Prise en charge de l’endométriose, recommandation de bonne pratique HAS-CNGOF (mise en ligne le 17 janvier 2018, mise à jour le 6 décembre 2018)
- Élysée – Lancement de la stratégie nationale de lutte contre l’endométriose (11 janvier 2022)
- HAS – Médicaments à base de cannabis : évaluation en vue d’une prise en charge, les 5 indications
- ANSM – Cannabis à usage médical (mis à jour le 20 avril 2026)

