Technicienne de laboratoire, vue de dos, pesant un échantillon de fleur de chanvre sur une balance de précision, avec un champ de chanvre derrière la fenêtre et un drapeau européen en arrière-plan

Chanvre : ce que la position du Conseil de l’UE change pour la France

Les règles européennes du chanvre pourraient bientôt couvrir toute la plante, fleurs comprises. Le 19 octobre 2026, les États membres réunis au Conseil de l’UE ont adopté leur position de négociation sur ce point. Pour la France, l’effet immédiat est nul : rien n’est encore en vigueur. Et même adopté, le texte ne touchera ni au cannabis médical, qui reste un médicament, ni au droit des États sur l’usage final des produits, CBD compris.

Ce qui se joue est surtout agricole et commercial. Voici ce que dit le texte, ce qu’il changerait, et les idées fausses à éviter.

Ce que le Conseil de l’UE a décidé le 19 octobre 2026

Le Comité spécial Agriculture du Conseil a arrêté un mandat partiel de négociation (document 14647/26) sur la réforme du règlement (UE) n° 1308/2013, qui organise les marchés agricoles (OCM). La Commission avait proposé ce texte le 16 juillet 2025 (COM(2025) 553). Le chanvre y côtoie le programme pour les écoles, les protéines végétales ou les normes de commercialisation.

Pour le chanvre, le mandat crée deux nouveaux articles (147b sur la production, 147c sur la commercialisation) et réécrit l’article 189 sur les importations. Trois catégories de produits sont visées : la fibre brute, les graines et « toutes les autres parties de la plante », c’est-à-dire aussi les fleurs et les feuilles.

Règles européennes du chanvre : les conditions prévues

Pour être produits, vendus ou importés dans l’Union, ces produits devraient provenir :

  • d’une variété de Cannabis sativa L. inscrite au catalogue commun des variétés agricoles ;
  • dont la teneur en Δ9-THC ne dépasse pas 0,3 % ;
  • cultivée à partir de semences certifiées.

Les États membres devraient faire des contrôles fondés sur une analyse de risque et retirer du marché les produits non conformes. La Commission fixerait par actes délégués la méthode de vérification du THC. Le texte justifie cette harmonisation par les écarts entre règles nationales, sources d’insécurité juridique et de concurrence déloyale entre agriculteurs.

Le préambule s’appuie sur l’arrêt Kanavape de la Cour de justice (C-663/18, 19 novembre 2020) : un CBD extrait d’un chanvre légalement cultivé, sans effet psychotrope selon les connaissances actuelles, n’est pas un stupéfiant au sens des conventions de l’ONU. Il ajoute que les produits issus de variétés à 0,3 % de THC au plus sont « peu susceptibles » de présenter un risque pour la santé.

Les garde-fous : santé publique et usage médical

Le Conseil a ajouté des garde-fous au projet de la Commission. Les nouveaux articles s’appliquent « sans préjudice » des règles de l’Union et des règles nationales sur l’usage final des produits, notamment pour protéger la santé et la sécurité publiques. Un État pourra donc maintenir ou adopter ses propres restrictions, à condition de respecter le droit de l’Union. Si un produit sert d’aliment, d’autres règles s’ajoutent ; c’est le cas du CBD alimentaire, soumis à la procédure des nouveaux aliments (voir l’avis européen sur le CBD à 2 mg par jour).

Surtout, le texte prévoit une dérogation explicite : les produits qui ne remplissent pas ces conditions, par exemple issus de variétés plus riches en THC, peuvent être commercialisés et importés « à des fins médicales et scientifiques », conformément au droit de l’Union, international et national. Autrement dit, le cannabis médical reste hors de ce cadre agricole et continue de relever du droit des médicaments et des stupéfiants.

Ce que cela changerait en France

Sur le fond, la France est déjà proche du modèle proposé. L’arrêté du 30 décembre 2021 autorise la culture, l’importation et l’usage commercial des seules variétés inscrites au catalogue, à 0,30 % de THC au plus. Les fleurs et feuilles doivent venir de semences certifiées, le bouturage est interdit et seuls des agriculteurs actifs peuvent les cultiver. L’interdiction de vendre des fleurs et feuilles brutes a été annulée par le Conseil d’État le 29 décembre 2022, qui l’a jugée non justifiée au regard des risques démontrés.

Le texte européen consoliderait donc, au niveau de l’Union, le principe d’un chanvre agricole valorisé en entier. En revanche, deux points dépendront encore de Paris :

  • L’usage final : la France pourra garder des règles propres sur les produits finis, comme le plafond de 0,30 % de THC dans les extraits prévu par son arrêté, ou de futures règles sur la vente (voir la proposition de loi CBD au Sénat).
  • Le cannabis médical : son cadre reste celui de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2024 et de décrets toujours attendus (voir généralisation du cannabis médical en France). Les patients traités relèvent de la phase transitoire, sans lien avec ce règlement agricole.

Le calendrier : rien avant plusieurs années

Le mandat du Conseil n’est qu’une étape. Au Parlement européen, la procédure 2025/0237(COD) attend encore le vote de la commission de l’agriculture (rapporteur : Eric Sargiacomo). Viendront ensuite les négociations entre les deux institutions, puis l’adoption formelle. Le texte du Conseil prévoit que les règles sur le chanvre s’appliquent à partir d’un 1er janvier postérieur à l’entrée en vigueur, avec une transition : le chanvre semé avant cette date resterait vendable selon les anciennes règles jusqu’au 31 décembre de l’année suivante. Les dates exactes figurent encore entre crochets.

Idées fausses à corriger

  • « L’Europe légalise le CBD et les fleurs partout. » Non. Le texte encadre un produit agricole, mais chaque État garde la main sur l’usage final pour des raisons de santé ou de sécurité publiques.
  • « Le cannabis médical devient un produit agricole. » Non. Il bénéficie d’une dérogation pour usage médical et reste soumis au droit du médicament.
  • « C’est déjà applicable. » Non. C’est une position de négociation ; le Parlement ne s’est pas encore prononcé.
  • « 0,3 % de THC, c’est la teneur du produit fini. » Dans ce texte, le seuil concerne la variété cultivée. Les règles sur les produits finis restent celles des États et d’autres textes européens (voir ce qui est légal en France).

À retenir

  • Le 19 octobre 2026, le Conseil de l’UE a adopté sa position (doc. 14647/26) : toutes les parties du chanvre entreraient dans le cadre agricole européen.
  • Conditions : variété du catalogue commun, 0,3 % de THC au plus, semences certifiées, contrôles par les États.
  • Les États gardent leurs règles sur l’usage final ; le CBD alimentaire reste soumis aux règles des nouveaux aliments.
  • Le cannabis médical est exclu par une dérogation explicite et reste un médicament.
  • Rien ne change en France à ce stade : le Parlement européen doit encore se prononcer.

Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié pour toute question relative au cannabis médical.

Sources

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